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Une nuit et un peu plus au paradis

par Patrick G.

Alors voilà, c'est l'heure du départ, je suis dans un état d’esprit à mi chemin entre excitation et appréhension. Si ce n'est pas l’exploit du siècle, se lancer sur 400km n'est pas une mince affaire, on se pose forcément des questions, est-ce que je suis capable? et si j'ai un problème mécanique...
Je ne suis pas un grand habitué des BRM, mais je ne suis pas à mon premier non plus, ça rassure, on a une idée de ce qui nous attend. Curieusement cette appréhension s'efface dès les premiers tours de roues. Ça y est le briefing est fini, en selle! ça démarre calmement, il y a pas mal de monde sur la voie verte vers Bourgoin, déjà les "rapides" s'éloignent, on ne les reverra plus. Dans les premières montées des groupes de niveau se forment naturellement, je me trouve dans les roues de 4 cyclistes qui discutent Paris Brest Paris, certains ont déjà plusieurs participations à leur CV, ça rend humble et aussi admiratif, je suis surpris par le rythme adopté en côtes par ces cyclos qui ont beaucoup plus d'expérience, je trouve que ça temporise trop, ce n'est pas mon allure habituelle, en revanche lorsque le terrain devient plus roulant je peine à suivre, du coup je laisse partir dans les plats et je reviens dans les côtes, je fais le "yoyo" comme ça jusqu'au contrôle de Charavines, à partir de là je vais perdre mes premiers compagnons de route, ils auront fait un arrêt express, je les reverrai beaucoup plus loin. Désormais je roule en solo, et j'aime ça, j'en ai l’habitude, je retrouve instantanément mes repères, le soleil décline la température aussi. A Novalaise, le crépuscule est en train de gagner son combat avec le jour, pour nous, une autre phase commence. Il y a une dizaine de cyclos autour de la fontaine au centre du village, sous l'oeil interloqué que quelques ados désœuvrés, qui n'en reviennent pas, cette fois l'arrêt express est pour moi, je m'alimente vite fait, complète les bidons, démarre l'éclairage et c'est reparti vers Yenne et Chanaz, je rattrape quelques lumières, un petit groupe se forme dans ma roue, 2 ou 3 vélos je ne sais pas, mon sillage doit être confortable tout ce petit monde reste bien calé derrière, ça ne me gêne pas outre mesure je vais à mon rythme ça ne change rien. Chanaz, c'est samedi, la Venise locale est prise d'assaut par les noctambules, ils sont encore lucides, tout va bien! ça danse dans les guinguettes le long du Rhône, deux mondes tellement différents se côtoient, leur seul point commun: la nuit blanche en perspective. Ça se réorganise dans les groupes, je me trouve avec 4 autres participants, cette fois dans leur sillage, mon cerveau me dit: surtout reste bien dans les roues, ne double pas. Mais dans les premiers faux plats bingo, le même faux rythme qui ne me convient pas, mon cerveau me dit : putain mais pourquoi tu dépasses, mes jambes me disent : vas-y, j'ai écouté mes jambes, pas de réaction à l'arrière, les loupiotes s'estompent, je suis seul au monde. La portion de route entre Culoz et Chatillon est très longue, jamais difficile mais pas facile non plus, lassante,  la nuit est bien là, il n'y a pas de circulation, les villages pour la plupart sont sous un éclairage frugal, les seuls points dans l'obscurité sont des distributeurs automatiques de pizzas qui essaient de m'attirer, et ils ont bien failli réussir, mes jambes disaient non, mon cerveau disait oui, mais je n'est pas cédé, imaginez l'estomac lesté de toute une pizza, c'est beaucoup trop...tout compte fait je vais continuer à piocher régulièrement dans ma sacoche de top tube, juste à portée de main.
Chatillon en Michaille: nuit noire, eau contre le mur du cimetière, éclairage urbain en pose, calme absolu, le préfet à interdit la traversée de la nationale avant minuit, contrôle de l'heure, minuit est déjà largement dépassé je peux y aller, le préfet est retourné se coucher. Juste après le village, l'itinéraire devient "gravelisant", prudence, des trous, du gravier, la dernière voiture qui est passée par là devait être une 403 ou une dauphine, à non! J'oubliais Christophe est passé par là pour le repérage, il va falloir qu'il change ses pneus maintenant ! Un chat! Ouf il est blanc, tout va bien. L’objectif suivant est Mijoux, ce sont des routes que je connais bien, je sais que cette vallée de la Valserine est longue et surtout montante, c'est maintenant le milieu de la nuit,je ne sais pas, peut être 2heures, c'est très calme, sur la gauche une demi lune, soudain pris dans le faisceau de mon phare, un lièvre, il va courir comme ça sur au moins 500m, je ne crois pas que son coeur ait beaucoup souffert. Tiens des phares, une voiture de gendarmes, ils m'ont superbement ignoré, pressés d'aller dormir ? Ou en intervention en pleine nuit ? Mijoux enfin, accueilli comme une vedette par une vague lumineuse. Tiens des cyclistes! Je n'en verrai plus beaucoup après. La montée de Lajoux que je redoutais un peu après environ 200km passe crème, il fait frais, il y pas mal de vent. Longuuue descente sur Saint Claude, soudain un renard ouf! il est resté bien sage à droite. C'est l’heure où l'aube blanchis la campagne, putain la nuit est déjà finie, c'est 5h30, je ne l'ai pas vue passer, j'ai encore un peu de tranquillité sur les routes avant que les autos reprennent du service pour aller acheter les croissants domincaux. Au pied du Valromey, à Thoirette je fais une pose plus longue question de recharger le réservoir en glucose. Quelque voitures passent avec des remorques sur lesquelles il y a des barques de pêche, on n'est pourtant pas un dimanche d'élection! La traversée du Valromey est magnifique, j'ai bien kiffé. Enfin le col de France, lors du briefing j'ai enregistré qu'après c'est "tout bon", oui mais voilà les humains ont repris leur agitation frénétique à grand renfort de carburant fossile, et ça change tout! Et puis il y a la traversée de Bourg en Bresse avec ses pistes cyclables infames, mais le pire c'est quand même la traversée de la Dombe, sur la carte Michelin ça semble joli, mais non! Définitivement non! pour moi, je l'ai faite à plusieurs reprises toujours au petit matin lors de BRM, j'ai vu dans le commentaire d'un autre participant, qu'il avait qualifié cette portion de "Mal Plat" je lui emprunte ce terme il est parfaitement approprié. Dernier point de contrôle Le Montelier, je vois débouler dans mon sillage un jeune cycliste affûté, on pointe ensemble, il me dit qu'il a un peu corsé le parcours en faisant l'ascension du Grand Colombier au passage pour rigoler, quand tu connais le grand Colombier tu hésites, alors au milieu d'un BRM 400....puis il me propose de faire un bout de route ensemble, sympa, mais je ne crois pas que je sois capable, il me dit alors de profiter de sa roue, heu! Je ne crois pas non plus. A l'arrivée lors de la discussion j'apprends qu'il se prénomme Jules, qu'il a 22 ans, un peu moins du tiers de mon âge, et la fougue de la jeunesse, chapeau Jules, sur la route je préfère croiser des Jules qui font le grand Colombier de nuit pour rigoler, alors que d'autres pour atteindre le même état d'hilarité se shootent au Protoxyde et autres cochoneries non identifiées, alors, sincèrement, chapeau Jules! Entre Mijoux et l'arrivée je n'aurai pas côtoyé d'autre participants, 200km en solo, c'est cool j'ai l'habitude. Le final entre le Montelier et Cremieu se fait sur des routes circulantes, il y a des gros spots touristiques, Pérouges, Crémieu, et encore ce relief lassant et la température gagne en degrés, après Crémieu c'était beaucoup mieux, avec toutefois quelques raidars bien négociés et acceptés par mes cuissots qui ne protestent, et puis enfin le panneau libérateur de L'Isle D’Abeau, les jambes sont encore nickel, les fesses un peu moins, mais ce n'est pas la catastrophe, je ne vais pas vous faire une description détaillée. Fortement félicité par l'organisation et les quelques participants présents j'ai un peu les chevilles qui enflent, ce n'est pas le moment. j'apprécie la collation et les échanges sur le thème, devinez.....Paris Brest Paris bien sûr ! C'est vraiment un phare pour tous les cyclistes longue distance. Merci à l'organisation au top, et aux petits soins, merci pour les repérages, jusqu'aux robinets des cimetières et les trous sur la chaussée, j'ai apprécié l'ambiance détendue des cyclos, leur solidarité, leurs encouragements, l'absence d'esprit de compétition. Le vrai vélos comme j'aime, je me suis dit, que tout ceux qui sèment le chaos et la désolation sur cette planète (vous voyez à qui je pense) devraient faire quelques BRM, ça les calmerait et leur apprendrait la solidarité et le respect.
Rdv sur d'autres organisations, soyez prudents.

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BOURNAC Christophe